publiée le 2010-01-04 00:00:00
Au lendemain des élections des Nouveaux Jiwers Stars, un ex-Jiwer Star : Onde de Choc nous parle de l'inspiration des artistes. Un article complet pour bien commencer l'année. La Jiwa Team vous souhaite une bonne année 2010 à tous sur Jiwa !
Qu'est-ce qui inspire le musicien compositeur ? La relation entre l'artiste et son inspiration pourrait être vue avec le regard romantique de la conquête amoureuse. L'artiste qui cherche, courtise, cajole, flirte avec l'inspiration pour enfin enfanter d'une chanson qui le remplit de satisfaction et de bonheur.
Toutefois, la réalité semble plus proche de la relation entre Sisyphe et sa pierre. Puni par Zeus ce pauvre mortel fut condamné à pousser éternellement un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir. Dans le fond c'était le début du Rock & Roll ! L'artiste contemporain n'est-il pas un peu un Sisyphe moderne, victime d'une société de consommation en perpétuelle recherche de nouveautés? Difficile dans ce contexte de garder intacte une inspiration que le système cherche à capitaliser au maximum… Cet éternel recommencement peut être d'autant plus difficile à gérer par les artistes qu'il peut y avoir une forte pression de la part de la maison de disques pour ressortir rapidement un nouvel album. Il faut alors parfois stimuler l'inspiration.
Cet article a pour objet les chansons qui se ressemblent. Il a pour but d'investiguer brièvement autour de ces chansons dont l'inspiration semble avoir été trouvée chez l'autre.
Coïncidence ou plagiat
Chaque artiste est constamment influencé par son environnement dans sa démarche créative. C'est tout aussi naturel et automatique que la respiration. Ce n'est certainement pas un hasard qu'on parle d' "inspiration". Des impressions, des sentiments, des expériences, des sons façonnent les compositeurs et leurs créations. Il n'est pas étonnant que ces sons soient parfois des chansons déjà écrites et qui vont servir, de manière plus ou moins consciente, de base pour une nouvelle chanson.
Les histoires de droits d'auteur, avec les intérêts économiques qui y sont liés, ont amené la thématique vers la distinction entre inspiration et plagiat. Ce débat a même était porté jusque devant les tribunaux. Les instances juridiques ont dans certains cas fait faire une analyse musicale afin de quantifier le degré de similitude et définir si on pouvait considérer qu'il s'agissait de la "même" chanson.
Dans les années ’60 par exemple, les Beach Boys, Les Beatles, Les Stones imitaient la façon typique de jouer de la guitare de Chuck Berry. Le procès contre les Beach Boys a notamment débouché sur l'accréditation de Chuck Berry en co-écriture pour la chanson "Surfin' USA" à cause de la ressemblance avec "Sweet Little Sixteen".
Un autre cas tristement célèbre et plus actuel et celui de The Verve pour la bien nommée chanson "Bitter Sweet Symphony". Il semble que le groupe n'ait rien perçu sur les recettes de cette chanson à cause d'une ressemblance frappante avec un enregistrement confidentiel de The Andrew Oldham Orchestra de la chanson "The last time" des Stones. De quoi laisser un goût amer après le doux succès !
Je citerais encore le cas de Coldplay avec leur hit " Viva la Vida" (2008). Une écoute même superficielle de la chanson Satriani "If I Could Fly" (2004) révèle là encore une similitude frappante. Pas étonnant qu'il y ait une poursuite contre Coldplay pour plagiat. Sans oublier les fans de... Alizée qui disent que Coldplay a copié des éléments de "J'en ai marre" (2004) pour ce titre!
Lorsque les artistes vont puiser aux mêmes sources, leurs créations développent forcément un air de famille marqué. C'est l'exemple typique du fameux Canon de Pachelbel, qui a légué à la musique moderne une suite d'accords largement récupérée dans plusieurs styles. Un sketch sur Internet qui s'appelle Pachelbel Rant cite une dizaine de chansons, dont “Graduation (Friends Forever)” de Vitamin C, “Cryin’” de Aerosmith,"Basket Case"de Green Day, “Complicated” de Avril Lavigne, “We’re Not Gonna to Take It” de Twisted Sister, qui utiliseraient ces mêmes accords.
L'envie de répertorier ce type de chansons apparentées m'a poussé à créer ma PL Faux Jumeaux.
Chercher l'inspiration sous la pression
Un compositeur ou un groupe peut aussi prendre une de ses propres chansons comme inspiration. A titre d'exemple on peut citer l'équipe de production de Motown, Holland-Dozier-Holland qui devait trouver un nouveau hit pour les Four Tops suite au succès de "I Can't Help Myself (Sugar Pie, Honey Bunch)" n°1 en juin 1965. En effet, Columbia Records a voulu surfer sur le succès de ce titre et a demandé un nouvel hit dans un délai de 24 heures seulement, écriture et enregistrement compris ! Pari tenu grâce à un habile tour de passe-passe : les compositeurs déjà bien fatigués zappaient sur la radio en recherche d'inspiration lorsque l'un dit : "On dirait la même vieille chanson". Puis de rajouter : "Attends une seconde…" Il a ensuite pris la chanson 'I Can't Help Myself', l'a joué à l'envers et a récupéré les accords ainsi trouvés. La "nouvelle" chanson était toute trouvée et le défi relevé ! Ils avaient créé un nouveau hit qu'ils ont nommé "It's the Same Old Song". Il est intéressant de noter encore que la chanson initiale était en fait largement inspirée de "Where Did Our Love Go" des Supremes. Les Supremes qui ont ensuite repris "It's the Same Old Song". On trouve ainsi dans cette anecdote les différents éléments que sont l'inspiration par une autre chanson, la reprise d'une partie d'une autre chanson (c'est la base du sample) et la reprise.
La citation musicale
Une autre manière de prendre une part d'inspiration chez d'autres artistes consiste à reprendre un extrait de la chanson telle quelle. Cette méthode n'est pas nouvelle, témoin Pulcinella, ballet avec chant en un acte d'après Giambattista Pergolesi de Stravinsky. Cette œuvre est constituée d'emprunts à des œuvres de Giovanni Battista Pergolesi, compositeur italien antérieur de près de deux siècles à Stravinski. Les spécialistes ont longuement débattu quant à savoir si on pouvait reconnaître la paternité de cette œuvre à Stravinsky. Les musicologues s'accordent à dire que, même si la musique est de Pergolesi, c'est bien l'oeuvre de Stravinsky.
Cette manière de citer d'autres œuvres musicales a trouvé son apogée avec l'avènement des technologies modernes et la technique dite du "Sampling". Il s'agit d'enregistrements de parties plus ou moins importantes d'une chanson qui sont intégrées quasi telles quelles à la "nouvelle" chanson. Il peut s'agir d'un rythme que l'on retrouvera tout au long du morceau ou d'un son inséré par ici ou là. Il en découle que certains « samples » sont tout à faits reconnaissables (Puff Daddy – "Come With Me" : Led Zeppelin – "Kashmir" ) alors que d'autres sont plus discrets (Eels – "Novocaine" : Fats Domino – "Let The Four Winds Blow"). Le sommet de ce processus s'exprime dans des titres qui ne sont plus qu'un ensemble de samples (Moby par ex. a largement exploré cette technique).
La reprise
Un titre existant peut aussi motiver un artiste à en faire une reprise. Le but est parfois uniquement commercial et la reprise une pure copie de l'original. Dans ce cas la place de l'inspiration est minime. La motivation du groupe copieur est souvent d'accrocher l'attention du public par une valeur sûre, un titre hyper connu, en espérant l'intéresser à ses propres créations. C'est souvent le cas des groupes naissants.
Dans une autre dynamique, un artiste peut être touché par une chanson et intéressé à en faire quelque chose de différent, de personnalisé. C'est alors que l'original devient le point de départ d'une nouvelle création et se fait vecteur de l'inspiration. Il existe par ailleurs des reprises tellement décalées d'avec l'original que celui-ci en devient méconnaissable. Certains interprètes se font spécialistes de la reprise, tel Joe Cocker. A l'autre pôle, certains artistes compositeurs deviennent source d'une multitude de reprises. Le cas de Bob Dylan en est peut-être le plus marquant (http://dylancoveralbums.com).
Un phénomène plus inattendu de la reprise est illustré par Johnny Cash. Nous avons l'habitude de la reprise de chansons anciennes par des groupes plus récents. Quelle étonnante découverte donc de voir un vétéran du country/folk reprendre des titres de groupes modernes et de s'offrir une nouvelle jeunesse. En effet, après une période de grande popularité dans les années 50 à 70, Johnny Cash passe le creux de la vague dans les années 80. Les radios lui préfèrent alors des artistes plus contemporains et il rencontre des conflits avec sa nouvelle maison de disques. La fin des années 90 marque un tournant pour Cash avec la rencontre du producteur Rick Rubin. De leur collaboration découleront six albums dits American Recordings. C'est une renaissance artistique pour Cash qui s'approche des 70 ans ! Il va notamment présenter de nombreuses reprises d'artistes d'horizons variés comme U2, Leonard Cohen, Nick Cave, Soundgarden et Nine Inch Nails. Le résultat est riche, les morceaux étant souvent complètement retravaillés.
Moins connu, (Little) Jimmy Scott (né en 1925) a vécu une première période de réussite dans les années 40 et 50. Puis, bien qu'il sorte quelques nouveaux albums, Jimmy Scott vit une période plus difficile durant laquelle il doit vivre d'autres sources que la musique. Il recommence à se produire dans les années 80 puis fait son véritablement come-back dès 1991. En effet, selon le dernier souhait du grand compositeur de blues américain Doc Pomus, Jimmy Scott chante "Someone to Watch Over Me" à son enterrement. Au cours des funérailles, la chanson touche Seymour Stein, le producteur de Madonna, qui lui offre une nouvelle chance: Warner Bros lui fait signer un contrat pour cinq albums. C'est un nouveau départ pour Jimmy Scott qui va par la suite sortir Dream en 1994, Heaven en 1996 et Holding Back the Years en 1998 comprenant toutes des reprises de la musique pop dont "Nothing Compares 2 U".
De nombreux jiwers ont créé des PL sur le thème de la reprise, il y a en a plus de 500. Il y a aussi une intéressante PL, "Werthers Original", qui regroupe les titres originaux qui ont été éclipsés par leurs reprises.
Et Sisyphe continue à rouler sa bosse
Ainsi Sisyphe cherchant l'inspiration roule son roc(k) encore et encore dans sa quête du succès. Parfois l'inspiration vient tout naturellement, le morceau prend forme du néant et, si tout va bien, le public suit. En d'autres occasions l'inspiration vient de ses prédécesseurs ou de ses contemporains. Certains artistes affichent clairement l'affiliation de leur création, d'autres la réfutent. Et peut-être les coïncidences existent-elles… tant de chansons sortent chaque année.
Toujours est-il que l'industrie de la musique veille au grain, que ce soit pour pousser à la production ou faire valoir les droits d'auteur, tel Zeus qui s'assura que Sisyphe n'achève jamais sa tâche. Ainsi le nombre de titres produits s'accroît chaque année et soulève la question suivante : Viendra-t-il le jour où tout aura été fait, où l'inspiration se tarira et laissera Sisyphe pétrifié devant un rocher immobile?
Article par Onde de Choc
Ecoutez ma PL Faux Jumeaux
Excellente écoute sur Jiwa !
Sources :
www.allmusic.com
www.wikipedia.com
Source: jiwa
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